les armes egales

Princesse-Mononoké-Dieu-cerf

はりつめた弓の ふるえる弦よ
月の光にざわめく お前の心

とぎすまされた刃の美しい
そのきっさきによく似た
そなたの横顔

悲しみと怒りにひそむ
まことの心を知るは

森の精
もののけ達だけ

もののけ達だけ

 

La corde tendue d’un arc, ô qui frémit,
ton cœur qui bruisse au clair de lune.

D’une lame acérée et si belle
ton profil avait
le tranchant.

Elle se cache sous la peine et la colère,
la vérité de ton cœur.

L’esprit de la forêt la connaît,
les
esprits et eux seuls,
les
esprits et eux seuls.


 
To Juan at the Winter Solstice
Robert Graves (1895-1985)

There is one story and one story only
That will prove worth your telling,
Whether are learned bard or gifted child;
To it all lines or lesser gauds belong
That startle with their shining
Such common stories as they stray into.

Is it of trees you tell, their months and virtues,
Or strange beasts that beset you,
Of birds that croak at you the Triple will?
Or of the Zodiac and how slow it turns
Below the Boreal Crown,
Prison of all true kings that ever reigned?

Water to water, ark again to ark,
From woman back to woman:
So each new victim treads unfalteringly
The never altered circuit of his fate,
Bringing twelve peers as witness
Both to his starry rise and starry fall.

Or is it of the Virgin's silver beauty,
All fish below the thighs?
She in her left hand bears a leafy quince;
When, with her right she crooks a finger smiling,
How may the King hold back?
Royally then he barters life for love.

Or of the undying snake from chaos hatched,
Whose coils contain the ocean,
Into whose chops with naked sword he springs,
Then in black water, tangled by the reeds,
Battles three days and nights,
To be spewed up beside her scalloped shore?

Much snow is falling, winds roar hollowly,
The owl hoots from the elder,
Fear in your heart cries to the loving-cup:
Sorrow to sorrow as the sparks fly upward.
The log groans and confesses
There is one story and one story only.

Dwell on her graciousness, dwell on her smiling,
Do not forget what flowers
The great boar trampled down in ivy time.
Her brow was creamy as the crested wave,
Her sea-blue eyes were wild
But nothing promised that is not performed.

À Juan au solstice d'hiver.

Il est une histoire et une seule
Qui sera digne d'être par toi contée,
Que tu sois barde érudit ou enfant prodige ;
À elle appartiennent toutes les lignes et fioritures
Qui de leur éclat surprennent,
De si banales histoires lorsqu'elle s'y aventurent.

Parles-tu donc des arbres, de leurs mois, de leurs vertus,
Ou des bêtes étranges qui t'assaillent,
Des oiseaux qui te croassent la Triple volonté ?
Ou du zodiaque et de sa lente révolution
Sous la couronne boréale,
Prison de tous les vrais rois qui jamais régnèrent.

D'eau à eau, d'arche à arche,
Et de femme à femme rendu :
Ainsi chaque nouvelle victime foule sans faiblir
La piste jamais altérée de son destin,
Conviant douze pairs et témoins,
à son lever étoilé comme à sa chute étoilée.

Ou bien est-ce la beauté argentée de la Vierge,
Toute poisson dessous les cuisses ?
En sa main gauche elle tient un coing en feuille ;
Lorsque, de sa droite elle plie un doigt en souriant,
Comment le Roi pourrait-il se retenir ?
Alors royalement, il troque la vie pour l'amour.

Ou du serpent du chaos éclos et qui ne meurt,
Dont les anneaux contiennent l'océan,
Et d'entre ses lames il jaillit le glaive nu,
Puis dans de noires eaux, enchevêtré dans les roseaux,
Trois jours et trois nuits durant livre bataille,
Pour être recraché sur son rivage festonné ?

Bien de la neige tombe et les vents rugissent creux,
De l'aulne ulule la chouette,
En ton cœur, crie la peur à la coupe d'amour :
De chagrin en chagrin tandis que les étincelles s'envolent.
La souche grogne et confesse
Qu'il est une histoire et une seule.

Demeure en sa grâce, demeure en son sourire,
N'oublie pas quelles fleurs
Le grand sanglier piétina aux temps du lierre.
Son front était crémeux comme la crête des vagues,
Ses yeux bleu de mer étaient farouches
Mais rien ne fut promis qui ne s'accomplisse.

 

Je suis plus que moi-même. Est-ce là ce que les auteurs bibliques ont à raison ressenti comme quelque chose ou mieux encore quelqu’un d’extérieur à eux, d’éminemment autre qu’eux, comme venant à leur rencontre ? Je suis au-delà de moi-même en ce que je suis plus que la surface à partir de laquelle j’opère mes activités quotidiennes. Il y a là tout un continent à explorer et à cartographier. Je suis aussi plus que moi-même en ce que je suis en relation. Dans la relation, je me déborde, tu te débordes et avec nous le monde entier, toutes choses se débordent. On peut dire avec Tillich que le monde est auto-transcendant en ce sens qu’il porte en lui-même la possibilité d’une plus grande profondeur, d’une plus grande intimité, d’un approfondissement sans fin, d’un sans-fond qui est rendu possible et s’expérimente dans le vertige de la relation véritable et véritablement acceptée. C’est l’image de Dieu se donnant tout entier ou donnant son fils unique qui, en se livrant, délivre. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (Rm 5, 20) écrit Paul. Là où l’orgueil, le manque de confiance (en moi et en l’autre) abonde, la capacité transformatrice de la relation véritable, de cœur à cœur, peut toujours surabonder, si je (me) permet ce jaillissement, ce surgissement. Il ne dépend que de moi d’y être radicalement ouvert, disponible, de vouloir me laisser regarder et me regarder moi-même avec une bienveillante lucidité.

L’autre donne gracieusement. Non qu’il ait nécessairement des dispositions généreuses, qu’il veuille ou sache donner, mais simplement qu’il ne peut pas ne pas donner. Il ne peux pas ne pas imprimer son coin dans mon argile. L’autre me dit toujours quelque chose. Ou plutôt quelque chose se dit dans ma rencontre de l’autre, indépendamment de nos propres volontés. On peut ici parler de volonté de Dieu. Je suis-avec, donc nécessairement, quelque chose se donne. Je suis toujours libre d’accepter ce qui survient comme si cela m’était confié et de me laisser transformer à chaque instant, de me permettre et permettre à l’autre et au monde d’être choses nouvelles. On touche ici à la religion ou à la Foi véritable qui sont comme un regard plein d’égard pour chacun et chaque chose, regard qui perce et se laisser percer ; une attention juste à ce qui se dit, se confie à moi au travers de l’autre ; un émerveillement et une pudeur devant l’inépuisable mystère de tout ce qui est.